Amour, toujours...
5 romans d'amour qui m'ont marquée et m'ont façonnée d'une certaine manière
Alors que la très polémique adaptation des Hauts de Hurlevent sort ce mercredi au cinéma, un vent de folie a soufflé sur les ventes du livre outre-Manche, avec +469 % par rapport à l’année dernière.
Selon Jess Harrison, directeur de la publication de Penguin Classics : « Je ne me rappelle pas la dernière fois où une adaptation a suscité autant d’enthousiasme pour le livre. » (trad. - source The Guardian).
Je n’ai pas trouvé de chiffres pour la France ; l’engouement est probablement un peu moins grand, mais ça a été pour moi l’occasion de lire ce classique qui manquait à mon panthéon personnel !
Au-delà de la polémique, l’amour fait toujours recette (bien que personnellement, la thématique du livre me semble plutôt la vengeance, l’abus que l’amour, mais bon… Merci à France Culture qui semble abonder dans mon sens).
Et ça me donne une parfaite excuse pour vous parler des livres d’amour qui ont marqués ma vie de lectrice.
Romance ou Fiction littéraire à dimension amoureuse
Avant de vous parler de livres, je ressens le besoin de faire une distinction fondamentale.
Car je ne vais pas parler de Romance.
Amateurs, -rices de chick lit, rom-com, dark romance ou romantasy, passez votre chemin, ce ne sera pas le sujet aujourd’hui.
Loin de moi l’idée de dénigrer le genre, mais ce n’est pas vraiment ma tasse de thé.
La Romance est un genre littéraire à part entière, né et structuré selon des règles très précises. Certains.es se rappelleront la collection Harlequin, qui a popularisé le genre à partir des années 1950 (j’en ai eu un ou deux en main, adolescente…).
Ses critères fondamentaux sont étonnamment stables, même encore aujourd’hui :
L’intrigue centrale est l’histoire d’amour : tout le reste est secondaire.
Le point de vue est émotionnel avant tout : le texte est construit pour faire ressentir l’attirance entre les personnages, le manque et la tension.
La promesse est donnée dès le départ : ça finira bien, les personnages trouveront une issue et l’amour triomphera (en général).
Le style est généralement assez direct, très sensoriel et centré sur les réactions corporelles et émotionnelles. L’objectif est de privilégier l’intensité, d’où le fait qu’une bonne romance est forcément un “page-turner”.
“Imaginez tous ces gens que vous rencontrez dans une vie. Tant de gens. Ils arrivent par vagues, et se retirent avec la marée suivante. Certaines sont plus puissantes que d'autres et ont un impact plus profond. Parfois, les vagues apportent avec elles des traces venues du fin fond de l'océan et les lâchent sur le rivage où elles laissent une empreinte de leur passage, longtemps après qu'elles se sont retirées.”
Jamais Plus - Colleen Hoover
Si on tente une analyse de cette citation, la métaphore des vagues permet une émotion facilement partageable : elle est simple, universelle. En tant que lecteur, on se l’approprie immédiatement. Elle ne laisse aucune place à l’interprétation : les relations sont classées (vagues légères / vagues puissantes) et leur impact émotionnel est hiérarchisé (laisse une empreinte ou non).
C’est agréable à lire, presque poétique et quelque part rassurant (on nomme et on explique des émotions que nous avons tous ressenties). Mais ça laisse peu de place au lecteur pour la réflexion et l’interprétation. Ce qui n’est absolument pas un problème en soi si c’est ce qu’on a envie / aime lire.
Pour ma part, vous l’aurez compris, j’attends autre chose d’un livre : j’attends qu’il suscite en moi des interrogations, des questionnements en me projetant dans des situations que je n’ai pas forcément vécues.
Je fais donc une distinction entre la Romance et les fictions littéraire à dimension romantique où le roman n’est pas nécessairement centré sur l’histoire d’amour classique (notamment dans sa construction linéaire: rencontre > désir > obstacles > relation) et où on laisse une large part à l’interprétation du lecteur
Les fictions romantiques qui m’ont marquées
La Bicyclette bleue - Régine Desforges (1981)
Adolescente, c’est le premier roman de ce genre que je me rappelle avoir lu. Il m’a très probablement été prêté par ma grand-mère, grande lectrice de romans historiques, qui ne boudait pas son plaisir quand s’y ajoutait une dimension romantique.
Le roman suit Léa, une jeune fille projetée dans la guerre et la résistance (Seconde Guerre mondiale), en même temps qu’elle entame une relation passionnée et tumultueuse avec un homme plus âgé.
Même si ce livre est très romanesque (et rempli de clichés, il date de 1981), on y suit une héroïne qui questionne et dont le moteur principal est la survie avec une moralité très fluctuante : pour Léa, la fin justifie les moyens.
En tant qu’ado, ça a été une claque pour moi de découvrir cette héroïne si libre, habitée d’une énergie folle, avec une sexualité assumée : une femme qui ne s’excuse pas d’exister.
C’est un roman où l’amour est dangereux, exaltant. Bref, tellement impressionnant pour moi à l’époque que je m’en souviens encore (sans l’avoir jamais relu), plus de 30 ans après. Le livre de ma sélection qui se rapproche peut-être le plus d’une Romance.
Anecdote littéraire : le roman empreinte une large part de son intrigue au roman célèbre Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell. Régine Desforges a été poursuivie pour plagiat pendant de nombreuses années par les ayant-drois de M. Mitchell sans succès devant la justice française.
Le Rouge et le Noir - Stendhal (1830)
Etudié en cours de français à 16 ans, ce roman m’a durablement marqué.
Julien Sorel, un fils de paysan instruit, cherche à s’élever dans l’échelle sociale. Il est engagé par M. de Rênal comme précepteur de ses enfants. Dans l’objectif de sa progression sociale, il se met en tête de séduire Mme de Rênal. D’objectif, elle devient un objet d’amour pour Sorel.
Ce qui m’a fascinée dans ce roman, c’est le concept de cristallisation développé par Stendhal, où l’amour n’est que la conséquence (ou une fabrication inconsciente) de la décision d’entretenir une relation.
L'adoration et l'invention de qualités imaginaires suit une période d'admiration. C'est un phénomène qui nécessite du temps, une fréquentation discontinue de l'être aimé, des sentiments inavoués, le passage par des moments de doutes et d'espoirs. Par ailleurs la seconde cristallisation, est, aux yeux de Stendhal, très importante : « c'est ce chemin sur l'extrême bord d'un précipice affreux, et touchant de l'autre main le bonheur parfait qui donne tant de supériorité à la seconde cristallisation sur la première » Source : Wikipedia
Quand on parle de romans qui suscitent des questionnements…
À cette époque des premiers émois amoureux, je m’étais franchement interrogée : l’amour est-il un sentiment qui naît de lui-même ou une construction inconsciente qui vient soutenir des objectifs plus profonds ? (Je n’ai toujours pas la réponse !).
Le zèbre - Alexandre Jardin (1988)
Dans un registre plus léger (avant de réattaquer avec du lourd, je vous aurais prévenu), je garde une affection particulière pour ce court roman d’Alexandre Jardin qui met en scène un homme qui décide de tout faire pour que, dans son couple, l’amour et la passion perdurent toujours. Il va donc jusqu’à re-séduire sa propre femme, en se faisant passer pour un autre. Je garde en mémoire une scène mythique de rendez-vous dans un hôtel, où elle doit se bander les yeux en l’attendant.
Cette lutte acharnée contre l’usure du temps est terriblement touchante. C’est un des romans qui m’ont le plus questionnée sur l’érosion des sentiments dans le temps, et sur ce que ça veut dire de rester en couple toute une vie.
Aucun héros de roman, de cinéma ou de théâtre ne l'avait précédé sur le difficile chemin dans lequel il s'engageait. Roméo séduit une Juliette qu'il ne connaissait pas, Julien Sorel enflamme une inconnue qui portait déjà le nom de Monsieur de Rênal et Love Story reprend l'histoire d'un amour naissant. Tous se contentent de conquérir une femme qui surgit dans leur existence ; mais reconquérir la sienne après quinze ans de mariage ? Aucun séducteur imaginaire ne s'y risque. Et c'était bien là ce qui tourmentait le Zèbre ; car si Shakespeare, Stendhal et les plus grands auteurs se sont gardés d'aborder le thème de la reconquête, ce doit être parce qu'elle est impossible. Cette réflexion achevait de l'accabler ; mais il aimait Camille avec trop de passion pour renoncer à son dessein.
Seuls des procédés exceptionnels lui permettraient de réussir là où l'humanité ne connaît que le naufrage, pensait-il.
Le zèbre - Alexandre Jardin
Belle du Seigneur - Albert Cohen (1968)
Ok, je vous avais prévenus : on repart sur du lourd ! 1109 pages dans l’édition de poche qui retrace avec emphase la passion d’Ariane et de Solal dans une tragédie de l’amour absolu. Car Solal en est convaincu : l’Amour doit obéir à des règles bien précises pour survivre et rester pur. Tentative inévitablement vouée à l’échec.
Je me souviens particulièrement de plusieurs scènes où les personnages se cachent pour assouvir leurs besoins les plus prosaïques et tellement humains (comme aller aux toilettes) afin de ne pas souiller leur image d’amants. C’est beau et pathétique.
Elle aussi sans doute se savonnait en ce moment, pensait-il dans son bain. Enthousiaste de la voir bientôt, il ne pouvait pourtant s'empêcher de ressentir le ridicule de ces deux pauvres humains qui, au même moment et à trois kilomètres l'un de l'autre, se frottaient, se récuraient comme de la vaisselle, chacun pour plaire à l'autre, acteurs se préparant à entrer en scène. Acteurs, oui, ridicules acteurs. Acteur, lui, l'autre soir en son agenouillement devant elle. Actrice, elle, avec ses mains tendues de suzeraine pour le relever, avec son “ vous êtes mon seigneur, je le proclame”, fière sans doute d'être une héroïne shakespearienne. Pauvres amants condamnés aux comédies de noblesse, leur pitoyable besoin d'être distingués. Il secoua la tête pour chasser le démon. Assez, ne me tourmente pas, ne me l'abîme pas, laisse-moi mon amour, laisse-moi l'aimer purement, laisse-moi être heureux.
Pour moi, c’est le roman qui a guérit toutes mes visions idéales de l’amour. Il démontre que la passion, malgré tous les stratagèmes, ne peut être un état permanent. L’amour durable doit se rechercher ailleurs (y compris dans le caractère insignifiant et parfois ridicule du quotidien).
Normal People - Sally Rooney (2018)
On termine par un roman beaucoup plus récent qui offre également une vision plus contemporaine de l’amour. Marianne et Connell entament une relation au lycée. Connell est plutôt populaire, Marianne, non. Leur relation reste donc secrète. Leur histoire se termine brutalement pour reprendre épisodiquement lorsqu’ils se retrouvent jeunes adultes à l’université.
Ce que j’aime dans ce roman, c’est qu’il n’explique rien. Leur couple se fait et se défait. Les événements ne sont jamais vraiment dramatiques (ce n’est pas un roman qu’on lit pour l’intrigue). On vit avec Connell et Marianne ; on partage leurs états d’âme, leurs interrogations sur leurs vies, et leur relation, mais le roman le fait à distance, sans nous donner toutes les clés.
À nous donc, lecteurs, de questionner, d’interpréter à l’aune de notre propre ressenti, de notre propre vécu. J’imagine qu’il y a autant de façons de voir cette histoire que de lecteurs et c’est précisément là que le roman est passionnant.
Si vous attendez un Happy Ending ou même une certaine résolution, vous serez déçu. Le roman n’apporte aucune réponse et vous laisse libre d’imaginer la suite. C’est sans doute perturbant, mais c’est probablement ce qui se rapproche le plus de la vraie vie.
À relire cette lettre, elle me semble refléter non seulement un parcours de lectrice mais aussi une évolution de ma perception de l’Amour… Et rien que ça, c’est quelque chose !
J’ai lu / Je lis / Je lirai
J’ai lu
Le monde sans fin, bande dessinée de Jean-Marc Jancovici, dessin de Christophe Blain: elle n’est pas nouvelle, mais très populaire. C’est une bonne représentation de l’état actuel de notre planète, des explications claires sur ce qui est fait aujourd’hui, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, et des pistes sur ce qu’on pourrait faire. Très instructif et un ouvrage propice à de nombreuses interrogations sur notre mode de vie.
Never Let Me Go (Auprès de moi toujours) de Kazuo Ishiguro : un roman sur une Angleterre légèrement dystopique dans laquelle on “fabrique” des êtres humains pour servir le reste de l’humanité. Un livre qui interroge sur les progrès de la génétique mais aussi une réflexion plus large sur ce que ça veut dire d’être “humain”. J’ai adoré ce livre, vibré pour ces personnages, tout en étant complètement happée par l’intrigue.
Je lis
White Teeth (Sourires de loup) de Zadie Smith : je ne suis qu’au tout début mais j’y retrouve déjà l’humour un peu cynique de l’autrice (dont j’ai déjà lu De la beauté).
Je lirai
Hé bien… pour une fois, je ne sais pas. White Teeth est un pavé (542 pages) et j’ai du mal à savoir ce dont j’aurai envie après. Mais dans ma dernière commande de livres en anglais, il y a Heart The Lover, un livre très populaire outre-Atlantique l’année dernière, qui me démange depuis un moment, donc ce sera peut-être celui-là !
Bonne lecture !
Laurence








« C’est beau et pathétique. » Un si parfaite description de l'amour! Hihi Je n'avais jamais entendu parler des fictions littéraire à dimension romantique comme une description de ce qu'on peut rechercher, c'est définitivement ma vibe du moment! C'est tellement une thématique qui m'intéresse que je pense bien avoir envie de lire tous les livres mentionnés dans ton article.
Par contre, j'avoue tout de même me laisser à quelques romances de temps en temps, rien de tel pour relaxer quand on sait déjà qu'il va y avoir une fin heureuse.😄 J'aime bien Emily Henri car elle aborde d'autres thèmes en même temps.
Je parle justement aujourd'hui (merci la St Valentin) de ce qui m'agace dans le marketing de la romance... Je n'ai pas envie de savoir la fin avant, laissez moi être surprise ! 😅😅😅 Si tu veux aller découvrir c'est par ici
https://iamsamdeluca.substack.com/p/celle-qui-a-fait-une-rencontre-meetique
J'y parle aussi de mes propres histoires d'amour (qui ne sont pas des romances pour la plupart ☺️)